dysphorie nègre

« De l’essentialisation de la dysphorie nègre » par Dr. Dorgeles HOUESSOU ( UAO)

#Un_mot_sur_un_concept

Et si le rôle d’un apprenti analyste du discours était aussi d’éclairer l’opinion sur ses travers discursifs. Un mot sur cette phrase que j’ai entendue si souvent:

« L’homme noir, c’est pas la peine »!

C’est ainsi que nous participons tous au déséquilibre du monde. C’est une question de langage avant tout, puisque nous pensons – ou nous ne pensons pas – avec les mots.

Certains vous sortent des archives du sens commun des répliques parmi les plus accablantes au sujet de l’africain en général et plus spécifiquement de l’homme noir qui serait le pire des humains, s’il en est.

On vous expose l’image d’un traitre africain légendaire par son égocentrisme et cela devrait poser l’évidence que le Noir est traitre à sa race. Brutus et bien de ceux qui ont trahi les leurs dans l’empire romain auraient donc été des noirs…

Mais on le dit sans forcément y prendre garde et ces expressions configurent cet imaginaire de l’essentialisation dysphorique :

  • « L’homme noir est mauvais », « le Noir est bête », « les noirs sont méchants »… Et quoi d’autre encore!!!

Que l’Africain qui n’a jamais prononcé cette boutade stéréotypique est sain d’esprit!

On le dit tous à la légère et sans prendre le recul nécessaire pour considérer un seul instant que, pour sûr, tout le Mal dont on accuse les Noirs, les autres peuples en sont aussi coupables.

Non! Le Noir n’a pas l’apanage de la cruauté. Ce genre de pensées – je dirai mieux d’impensé – nous est inoculé par la haine raciale, un abatardissement dont parlait Césaire et qui dure depuis bientôt 500ans.

Un formatage des modes d’exister qui nous conduit encore à essentialiser le mythe du Noir mauvais, méchant, cruel et incivilisé.

Même des noms respectables parmi les lettrés ont reproduit ce schème. Parmi eux(!?) un célèbre journaliste-romancier que je ne citerai pas a animé une chronique intitulée « Nègrerie » avant d’en faire un livre.

Sauf qu’il s’est agi pour ce que j’ai pu en lire d’ajouter de la noirceur à la noirceur du Noir dans le noir regard de lecteurs non avertis.

APRÈS TANT D’EFFORT DE LA PART DES NÉGRITUDIENS POUR ENNOBLIR, AU PRIX D’UNE RESÉMANTISATION EUPHORIQUE, LE MOT « NÈGRE », d’autres nègres l’ont renvoyé habiter la fange puante et les détritus desquels la négritude pensait l’avoir affranchi!

Ce langage stéréotypique reprend les récits fondateurs de l’esclavage et de la colonisation, et leurs thèses justificatives avec.

Systématiquement, chaque fois que nous associons notre phénotype à une inclination négative et dévalorisante, nous nous annihilons par la répudiation de ceux qui ont bravé l’interdit et réhabilité notre identité humaine. Alors de grâce, si vous êtes désabusé par un proche lointain, si vous êtes trahi par un frère ou une sœur et que vous désespérez légitimement en l’humain dites vous juste que « l’homme est mauvais ». Cela est vrai sous tous les cieux sans réduire à des expressions sociolectales dévalorisantes qui désignent « l’africain-gros-nez », ce constat qui vous élève à la dignité de bien-pensant. Ce sera un début de liberté, puisqu’il faut bien exorciser cette tendance à l’autoflagellation qui fait que les autres justifient leur regard!

NB: Je ne dis pas non plus d’avoir une estime irréaliste de soi au point de considérer que les Noirs sont les meilleurs êtres sur la terre et qu’ils sont supérieurs à tous les autres peuples comme certains activistes racistes aiment à le penser et à le faire croire. L’humain doit être pensé dans son unicité conceptuelle sans que des pratiques innées ou importées ne le définissent. On est toujours malheureux à avoir un complexe, que ce soit un complexe de supériorité ou un complexe d’infériorité! individuellement ou collectivement, l’équilibre psychique et intérieur relève du développement d’une acception de l’altérité qui soit vierge de toute envie ou de tout dédain.

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