discours politique

« Le discours politique : un discours au-delà des frontières génériques », extrait d’un article du Dr Adou Amadou (UFHB), SLADI, 2020.

La question de la classification typologique ou générique des discours s’est posée depuis que les sciences humaines s’intéressent au discours. Dans la Rhétorique aristotélicienne et dans la tradition française d’Analyse du discours, les types et les genres désignent des catégories socio-historiques et culturelles qui comportent des critères plus ou moins stables et « difficilement formalisables », Ruth Amossy (2000, p.197). Cet état de fait se perçoit avec le discours politique que nous considérons comme un type sur la base des travaux de Georges-Elia Sarfati (2001) pour qui, « les types de discours se recrutent dans les différents domaines de l’activité socio-historique et culturelle : discours littéraire, discours politique, discours scientifique » (p.79).
Ainsi, le discours politique comporte différents genres tels que l’Adresse à la nation, le discours de campagne électorale, le discours d’investiture, le tract politique, le tweet politique, le manifeste politique, etc. Ces sous-catégories se distinguent les unes des autres par des critères spécifiques. Par exemple, le discours de campagne électorale n’est en principe produit que pendant la période électorale et mobilise certaines stratégies discursives surfant sur la promesse, l’ethos et la diabolisation de l’adversaire, entre autres. Cependant, certains discours classables dans les autres genres comme l’Adresse à la nation comportent souvent des indices qui le présentent comme un discours électoral, en dehors de tout contexte électoral. C’est à croire que ce genre de discours (le discours électoral) ‘‘s’infiltre’’ dans les autres genres, les considérant comme des canaux de diffusion.
Mais avant de présenter les preuves, au sens aristotélitien, de notre propos, revisitons les traits définitoires du discours électoral.
En effet, Le discours électoral est l’un des genres du discours politique en tant que discours de pouvoir (sa conquête ou sa gestion) qui oscille entre l’intersubjectivité, le désir d’influence et le positionnement idéologique des sujets parlants. Patrick Charaudeau (2014, p.40) note que « le discours politique, pour ce qui est de ses significations et de ses effets, ne résulte pas de la simple application de schémas de pensée préconstruits qui se reproduiraient toujours de la même façon selon que l’on serait du côté des dominants ou des dominés. Les significations et les effets résultent d’un jeu complexe de circulation et d’entrecroisement des savoirs et des croyances qui sont construits par les uns et reconstruits par les autres. Cette construction-reconstruction s’opère selon la place que ceux-ci occupent dans le contrat, et en même temps selon le positionnement des individus qui occupent ces places. »
En tant que tel, le discours de campagne électorale se fonde ainsi sur ce principe de construction-reconstruction des contenus propositionnels proposés par l’instance de production (les candidats) à l’instance de réception (les électeurs), qui doivent les décoder en tenant compte des réalités en cours. Il fait également le lit de la polémique, c’est-à-dire la confrontation verbale opposant des protagonistes qui s’affichent de facto comme adversaires et dont les juges-arbitres sont les électeurs que ces derniers doivent séduire. Cette joute verbale a lieu dans l’espace public pris au sens habermassien, espace de démocratie et de libre exercice de la parole. Pour Nanourougo Coulibaly (2014, p.1), « le discours électoral recèle des spécificités liées au contexte de sa production, marquée par une volonté de conquête du pouvoir. Cette approche situationnelle détermine largement les choix discursifs des candidats qui doivent articuler les discours aux imaginaires sociaux dominants et répondre aux attentes et préoccupations de l’opinion. »
Ainsi, le logos électoral, axé sur une rhétorique de la promesse, est ajusté à l’auditoire et valorise le candidat en même temps qu’il diabolise l’adversaire. Geneviève Lemieux Lefebvre (2009, p.6) fait remarquer à juste titre qu’« en campagne électorale (…), le discours change : les politiciens parlent d’eux-mêmes, de leurs réalisations et des projets qu’ils espèrent réaliser lors d’un prochain mandat. De même, ils mettent de l’avant les mauvaises décisions politiques de leurs opposants, leurs erreurs passées. Évidemment, ces opposants ne se privent pas pour utiliser les mêmes armes, c’est-à-dire rappeler les choix douteux faits par le gouvernement en place, les fausses promesses. »
Somme toute, le discours électoral est un discours de conquête du pouvoir, situé dans un cadre spatio-temporel bien déterminé, qui implique des choix rhétorico-discursifs propre au pouvoir visé, lesquels instaurent divers contrats de communication et scénographies que l’analyse doit regarder de plus près.

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